L’Europe forme et emploie

Pour éduquer, former et employer ses citoyens, l’Union européenne mobilise plusieurs centaines de millions d’euros de fonds européens, afin de développer les compétences, faciliter l’accès au marché du travail et répondre aux besoins des territoires.  

Pour une Europe plus sociale, des fonds européens spécifiques

Le fonds social pour l’emploi (FSE+)

Le fonds social pour l’emploi de la programmation 2021-2027, appelé FSE+, est un fonds en gestion partagée de l’UE, géré par l’Etat à hauteur de 65% avec le programme national « Emploi, inclusion, jeunesse, compétences », et par les Régions pour le reste de l’enveloppe. C’est le fonds privilégié de l’Union européenne pour financer des projets de formation professionnelle, d’éducation et d’insertion sur le marché du travail. 

Parmi ses priorités, on compte l’inclusion des personnes les plus éloignées du marché du travail, avec des projets d’accompagnement personnalisés par exemple, l’accès à l’emploi des jeunes avec la lutte contre le décrochage scolaire, l’amélioration des compétences et des systèmes d’éducation, la promotion d’un marché du travail accessible à tous, ou encore la réponse aux défis spécifiques posés par les régions ultrapériphériques. 

La formation et l’accès à l’emploi se financent ainsi surtout à travers l’objectif stratégique « Une Europe plus sociale », qui soutient les emplois de qualité, l’éducation, les compétences, l’inclusion sociale et l’égalité d’accès aux soins de santé. 

En France, le volet national est coordonné par le ministère du travail et des solidarités, qui gère aussi le programme national « emploi et compétences » du fonds de transition juste. En effet, le FSE+ n’est pas le seul fonds européen à intervenir sur ces sujets. 

Le fonds de transition juste (FTJ)

Au titre du FTJ, 10 territoires de 6 régions françaises sont éligibles, car confrontés à de graves difficultés socio-économiques du fait de la transition vers la neutralité climatique des activités industrielles présentes. Les mesures économiques sont gérées par les régions, tandis que l’Etat gère les mesures emploi et compétences (comptant pour 30% de l’enveloppe totale, soit 309 millions d’euros). Son programme national est mis en œuvre sur le territoire par les DREETS (Direction régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités; services déconcentrés dans chaque région). 

Ainsi, dans les régions industrielles à fortes émissions de gaz à effet de serre, le projet « FTJ 2i » forme les salariés des entreprises les plus polluantes à adopter des pratiques pour diminuer leur impact environnemental.

Le programme Erasmus+

On connait désormais bien le programme Erasmus+, grâce aux échanges universitaires qu’il finance. Son rayon d’action est pourtant bien plus large. En effet, La mobilité ne concerne pas que les étudiants de l’enseignement supérieur : personnes en recherche d’emploi, enseignants, élèves scolaires ou en apprentissage peuvent aussi en bénéficier. De plus, le programme finance des projets où un grand nombre d’acteurs peuvent candidater, qu’ils travaillent dans le secteur scolaire et de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle ou encore de l’économie sociale et solidaire.

Erasmus+ est un programme géré directement par la Commission européenne ; cela veut dire qu’il n’est pas mis en œuvre par l’Etat ni les régions. C’est l’agence Erasmus+ France qui déploie le volet éducation et formation du programme européen. 

Renforcer la formation initiale et continue pour tous les publics, surtout les plus vulnérables

Dans le cadre de la politique de cohésion, le secteur de la formation bénéficie de 2,256 milliards d’euros de FSE+, FEDER et FTJ

Les programmes régionaux y dédient 1,6 milliard d’euros de FSE+ et FEDER, et les programmes nationaux flèchent 656 millions d’euros de FSE+ et FTJ. Dans leur programme régional FSE+, toutes les régions ont inclus la priorité 4.7 Apprentissage et formation professionnelle. 

Fiche thématique 21-27 _ Formation
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L’alternance quant à elle est financée à hauteur de 170 millions d’euros dans le programme national du FSE+, en favorisant les jeunes de moins de 29 ans, sans emploi ni formation (NEET). 

Les fonds de la politique de cohésion pour consolider les offres de formation

Au niveau régional, le FSE+ permet de financer de multiples projets : orientation et promotion des métiers, accompagnement des élèves et étudiants en situation de vulnérabilité, remises à niveau, formations qualifiantes ou encore des projets de mobilité… 

Le FSE+ finance aussi les Ecoles de la Deuxième Chance (E2C). L’objectif : former et accompagner les jeunes sans emploi ni qualification. Depuis 2003, elles accompagnent les jeunes sur tout le territoire. Le FSE+ les soutient, comme à Belfort, à Marseille ou à Mayotte. Elles peuvent aussi monter des projets FSE+, à l’image du Bus itinérant pédagogique en Hauts-de-France. 

Mais ce n’est pas le seul fonds qui puisse intervenir dans cette thématique ! Comme évoqué précédemment, le FTJ peut financer des formations de salariés au secteur en transformation ou accompagner des salariés licenciés des secteurs en déclin.

Le FEDER offre quant à lui un soutien aux établissements scolaires et de formation professionnelle, notamment pour les régions ultrapériphériques où il peut financer des équipements, participer à la numérisation des formations ou encore favoriser l’accessibilité du public à mobilité réduite. 

A travers Interreg, le FEDER intervient également dans les espaces transfrontaliers, notamment dans la mise en réseau de professionnels de la formation et de l’apprentissage. Il finance ainsi des salons d’orientation professionnelle comme à la Cité des Métiers du Grand Genève, ou accompagne la mise en réseau des professionnels de l’inclusion des personnes éloignées de l’emploi entre la France et l’Italie. 

La lutte contre le décrochage scolaire

C’est une priorité de la Commission européenne : le taux de décrochage scolaire, relativement faible en France (8,9% en 2017 – Accord de Partenariat), est encore trop élevé dans certaines régions, notamment dans les régions ultrapériphériques où en 2017, 20,6% des jeunes quittaient l’enseignement avec seulement un diplôme de premier cycle de secondaire. 237 millions d’euros de FEDER/FSE+ sont donc dédiés à cette thématique, dont 187 millions d’euros dans les programmes régionaux. 

Les territoires sont en effet assez inégaux (parfois ce sont les communes urbaines denses qui souffrent le plus du décrochage, parfois ce sont les zones périphériques). Les fonds européens interviennent donc de manière spécifique, selon que les inégalités d’éducation sont plus fortes que la moyenne nationale ou que les territoires où elles se situent concentrent plus de publics vulnérables. C’est le cas des quartiers prioritaires (populations défavorisées), des RUP (infrastructures non adaptées), et des villes hors zones métropolitaines (difficulté d’accès à l’enseignement supérieur). 

Le jeune public est prioritaire dans les actions menées, qui peuvent traiter de l’école inclusive, la lutte contre les discriminations ou encore le harcèlement scolaire par le FSE+. En Normandie, près de Rouen, l’école Le P’tit Plat réintègre les décrocheurs scolaires par la cuisine, à travers une formation professionnelle avec un restaurant d’application ouvert au public. 

Par les formations qualifiantes, les stages d’accompagnement etc, les fonds européens participent aussi au “raccrochage scolaire”, pour ramener vers une formation ou un parcours éducatif des jeunes ayant quitté l’école ou étant en situation de décrochage scolaire. L’objectif est de leur permettre de reprendre une formation, construire un projet professionnel et, à terme, accéder à l’emploi.  

Favoriser l’insertion sur le marché du travail de tous les européens, et protéger les métiers en tension

Le territoire où l’on se situe, la situation personnelle (personne en situation de vulnérabilité) peuvent être des freins à l’insertion sur le marché du travail. Si l’emploi est principalement une compétence étatique, les collectivités, à travers les maisons de l’emploi qui accompagnent les demandeurs, ou encore les missions locales qui accompagnent les jeunes, interviennent significativement en la matière. Les fonds européens peuvent les aider, elles et les associations et entreprises, afin de créer des emplois de qualité, aider les travailleurs à trouver un emploi et promouvoir le développement des compétences.

Cela passe en premier lieu par la construction de son projet professionnel. Qu’on soit jeune sorti d’études, ou personne en reconversion professionnelle, les salons des métiers sont ouverts à tous et peuvent créer des carrières, comme en Bourgogne-Franche-Comté avec « Explore les métiers » et sa compétition WorldSkills. Parfois, un accompagnement individuel est nécessaire pour construire son projet, à l’image de Cap Orient’Action en Normandie. La Région Pays de la Loire organise quant à elle le Big Bang Orientation et Emploi à chaque rentrée scolaire, dans 5 lieux différents pour couvrir tout son territoire. Lors de sa première édition, Europe en France avait rencontré André MARTIN, président de la commission Jeunesse, emploi, formations, lycée et orientation de la Région. 

Accompagner les publics vulnérables

Pour les publics vulnérables, l’accès et le maintien dans l’emploi peuvent être particulièrement difficiles et nécessite des parcours d’accompagnement adaptés aux situations de chacun. Qu’il s’agisse de jeunes sans emploi ni formation, de personnes détenues ou sorties de prison, ou encore de personnes souhaitant se former à des métiers en tension, les projets soutenus par les fonds européens peuvent constituer une véritable première ou seconde chance, en levant les obstacles à l’insertion et en favorisant l’autonomie professionnelle.

En Île-de-France, le Programme régional de formation pour l’emploi 2 accompagne ainsi les demandeurs d’emploi vers des secteurs en tension, en proposant des formations adaptées aux besoins du marché du travail. Dans les Hauts-de-France, le projet Wake-up Café s’adresse aux personnes détenues ou sorties de prison afin de favoriser leur réinsertion socioprofessionnelle. Le Contrat d’engagement jeune, soutenu par le FSE+, propose aux jeunes sans emploi ni formation un accompagnement intensif et personnalisé vers l’emploi ou la formation. 

Les fonds européens peuvent ainsi adapter les réponses aux besoins des publics les plus éloignés de l’emploi et faire de l’accompagnement un véritable levier de reprise de parcours, d’émancipation et de changement de trajectoire. 

Pallier les disparités territoriales

Faciliter l’insertion sur le marché du travail, c’est aussi prendre en compte les disparités territoriales et leur impact sur l’emploi. Certains territoires en pâtissent plus que d’autres, notamment les régions ultrapériphériques, qui bénéficient d’un soutien européen accentué sur cette thématique. Dans les RUP, le FSE+ finance le Régiment du Service Militaire Adapté, pour accompagner les jeunes en difficultés d’insertion professionnelle et sociale, comme à Mayotte.

Les chantiers d’insertion sont aussi un outil pertinent pour accompagner les personnes éloignées de l’emploi tout en répondant aux enjeux environnementaux des territoires. Ils offrent une expérience professionnelle concrète, un accompagnement individualisé et une montée en compétences, tout en contribuant à des actions utiles à la collectivité. 

Le projet Littoral Clean 2, mené à Martinique, en est un exemple : en associant dépollution des plages et insertion professionnelle, il permet à des personnes éloignées de l’emploi de retrouver progressivement une activité tout en participation à la préservation du littoral. Les politiques d’insertion peuvent donc aussi s’inscrire dans les transitions écologique et territoriale. 

Quant aux territoires transfrontaliers, la problématique est tout autre. Les différences entre marchés du travail, les barrières linguistiques, la reconnaissance des qualifications ou encore la méconnaissance des opportunités d’emploi de l’autre côté de la frontière peuvent freiner la mobilité des travailleurs et leur accès à l’emploi. Les projets Interreg continuent à lever ces obstacles en rapprochant les besoins des entreprises, les compétences des travailleurs et les dispositifs de formation. 

Le projet SKOLA a ainsi proposé des formations courtes et professionnalisantes dans les métiers d’avenir ou en tension. Dans l’eurorégion Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarra, FORMA NAEN a mis en place un module de gestion administrative transfrontalière, la validation des compétences et l’homologation des formations, l’apprentissage de compétences linguistiques techniques et des actions de sensibilisation. Sur le territoire franco-belge, ACT’EMPLOI a quant à lui rapproché le secteur des services à la personne et celui des nouvelles technologies, par des outils de formation communs, une double certification et des parcours linguistiques français et néerlandais, tout en facilitant le recrutement par la mise en réseau des employeurs et la mutualisation des offres d’emploi. 

La coopération transfrontalière transforme ainsi la frontière en levier d’accès à l’emploi et de développement des compétences.

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